samedi 17 mai 2008

J’ai envie de chialer…


Jeudi, on m’a enlevé les 44 agrafes qui refermaient ma cicatrice sur l’abdomen. Certaines étaient bien ancrées dans la chair… Je me suis déjà amusée davantage dans la vie… Durant ce gentil exercice, je ne peux pas dire que j’avais le cœur à rire. Je faisais le décompte en essayant de me donner de l’espoir. L’infirmière a terminé au bout d’une vingtaine de minutes. Toutefois, une partie de la cicatrice s’est rouverte un peu, exigeant que je me rende régulièrement au CLSC pour changer le pansement, d’ici sa cicatrisation. Big deal !

Compte tenu que mon corps est un peu sur le gros nerf ces temps-ci, on a retardé mon cinquième traitement de chimio au 29 mai prochain. Donc, j’ai une pause de deux semaines devant moi. Je veux en profiter pour me rebâtir un peu bien que depuis l’opération, mon appétit semble encore sous l’effet de l’anesthésie. Je n’ai pas faim ! Je mange du Jell-O et de la soupe… Je m’y oblige même car je n’ai aucune sensation de faim.

J’ai envie de chialer ce matin. Je me sens bougonne. J’ai envie de dire que je suis tannée. Tannée d’avoir le cancer. Tannée d’avoir l’air aussi fou avec ma tête chauve de martienne, dépourvue de sourcils et de cils. C’est pas compliqué, je ne me reconnais pas trop dans le miroir. Mon regard est bizarre !

Je suis tannée d’avoir mal. Par moment beaucoup, par moment juste un peu. Une douleur qui me suit dans tous mes mouvements, la nuit, le jour… Je suis tannée de l’avoir auprès de moi. Qu’elle me quitte, bon sang et vite ! Qu’on en finisse. J’ai hâte de passer à autre chose.
Je suis tannée de me faire servir. J’ai envie de bouger, de faire des petites choses. Me sentir vivante et non reléguée au département des malades.

Je suis tannée de me voir impatiente. De m’entendre chialer dans ma tête ce matin. D’être mécontente alors que j’ai voulu cent mille fois cette opération. Je crois que la douleur nous éloigne de la gentillesse, de la douceur et du moindre sourire. Je maugrée pour rien, ce matin. Je rognonne ! Une vraie malcommode… Mais pourquoi ? Mes grosses tumeurs sont enlevées pourtant…

Je ne peux même pas sauter de joie, j’ai trop mal. Objectivement, je réalise que j’ai tout de même moins mal que la semaine dernière… et puis je sais bien que j’aurai aussi moins mal la semaine prochaine.

Je crois qu’en bougonnant ce matin, je libère un peu de cette douleur qui s’est logée en moi depuis le 5 mai dernier…

Je m’excuse de me vider le cœur ainsi sur vous…
Je suis comme trop centrée sur ma douleur… Je devrais me consoler en pensant à celle des autres…

Faudrait que je me ressaisisse un peu. Regarder le beau soleil qui me convie vers l’extérieur… Puis peut-être accepter de chanter un peu, du moins turluter afin que je n’aie pas trop mal à l’abdomen. Puis rire… Rire… Rire de moi, de mon allure, de mon air grognon qui me rappelle ma condition humaine… Je réalise que je ne suis pas faite pour être malade… Ça me rend malheureuse… À vrai dire, y a-t-il quelqu’un sur cette planète qui est heureux d’être malade ? Sûrement pas...

Je vous embrasse tous et toutes.
Pardon de vous rabattre les oreilles avec mon mécontentement.
Ça ira mieux demain…

Claire, la martienne.

3 commentaires:

loulou l'intrépide a dit…

Ma chère Claire,

Dans ta condition, je crois bien que tu as le droit d'avoir de la colère envers la maladie. Ce n'est pas un état normal. Tu n'as pas à t'excuser. Vis la ta colère. Je crois bien qu'elle est légitime. Elle fait partie du processus d'acceptation de la maladie.

T'auras d'autres moments comme cellui-là et vis les sans te sentir coupable. Je te trouve bien courageuse dans ta situation d'avoir le moral que tu as mais ne t'en demande pas trop. Les moments de détresse et de découragements sont normals dans ta condition. Accepte les.

Sur ce je t'embrasse et on se voit bientôt,

Louise Paquette

Necia a dit…

Je trouve que depuis le début de votre maladie, vous ne vous êtes pas souvent laissée aller et pourtant, c'est très légitime de le faire!!!! Il faut laisser sortir la colère et les pensées négatives parce que sinon, elles nous rongent de l'intérieur! En extériorisant tout ça, on le partage avec vous et on en prend une petite partie pour que ça soit moins lourd à porter.

Mes pensées sont avec vous.

Anonyme a dit…

Bonjour Claire, J'ai aimé lire ton courriel. Je sympathise avec toi, mais tu m'as fait rire avec ton chiallage si bien exprimé et décrit. Vas-y, ma belle, ceci est bénéfique pour toi. Tu as fait le plein, chimio, etc. Il est maintenant temps que tu fasses le vide.... A bientôt! Avec tout mon amour et des pensées positives TOUJOURS! Tante Denise