lundi 17 mars 2008

Ils me manquent…

Ce matin, j’étais à l’hôpital Charles-Lemoyne pour y passer un scan. Cet examen permet de constater si mes deux premiers traitements de chimio ont porté fruit. La chimio me va-t-elle ou non ? Les métastases et ma tumeur ont-elles passé un mauvais quart d’heure lors de leur rencontre avec monsieur Taxol et madame Carbo Platine ? Je sais pertinemment que les métastases ont diminué considérablement. J’ai d’ailleurs constaté graduellement leur suppression à tous les jours depuis quelques temps. Quant au scan de l’abdomen, il révèle si ma tumeur s’atrophie ou non… J’espère bien que oui… Mais n’ayez pas de fausses attentes, je ne connais pas les résultats. Je le ne les saurai que jeudi matin prochain, le 20, vers 8 h 00 du matin lors de ma rencontre avec mon oncologue. Je n’ai pas besoin de vous décrire mon impatience. D’ailleurs, je compte les heures d’ici là… Je me croise les doigts. Je n’ai qu’un seul désir : un résultat positif. Je me le souhaite ardemment… C’est long d’ici jeudi, je trouve…

Alors que l’imagerie par résonance magnétique me découpait les organes cancéreux du corps en tranches, - par balayage évidemment -, je pensais à Rollande et à Gérard, mes parents. Allongée sur le lit mobile du scanner, lequel se déplace dans un mouvement de va-et-vient en glissant dans l’immense anneau aimanté, j’ai pris conscience qu’il était heureux qu’ils soient décédés. Je n’aurai vraiment pas aimé leur annoncer mon cancer. Il me semble qu’à l’âge qu’ils auraient eu, cette nouvelle aurait été encore plus terrible pour eux que pour moi. J’aurais vu leur peine, leur impuissance… Ouf ! Mais ils me manquent. Terriblement. Je pense à eux. Je m’ennuie d’eux. Souvent… Et encore plus depuis cette maladie qui enlève tout artifice et me repousse au fin fond de moi-même.

Je me les rappelle au fil de mes souvenirs. Je m’amuse à dire un chiffre qui correspond à un de mes âges, et vlan ! Papa et maman y surviennent, beaucoup plus jeunes, beaucoup plus vieux selon le cas. En laissant s’écouler davantage les années, je revois certaines scènes dans lesquelles, ils ont mon âge. Ils ont mes 55 ans. Je les reconnais à leurs pattes-d’oie, aux rides qui se creusent aux commissures de leurs lèvres, à leurs mains dont la peau devient quasi lézardée, à leurs paupières tombantes et à leurs cheveux grisonnants. Mais…c’est moi maintenant ! Je me demande souvent quelles pensées les habitaient lorsqu’ils avaient mon âge. Mes pensées évoluent au gré de mes années, selon mes préoccupations, celles qui forgent ma cinquantaine. Il en fut sûrement de même pour Rollande et Gérard. Ils ont dû s’interroger sur le sens de la Vie, de leur vie. Ils ont dû se questionner sur la mort et constater que plus on tente d’apprendre sur elle, plus on découvre la Vie. Et plus on a envie de célébrer la Vie. Si c’était possible, j’aimerais les rencontrer encore une fois, dans ce qu’ils étaient au mitan de leur vie sur terre. Permettre ainsi une véritable rencontre entre eux et moi, dans nos questionnements d’humains, dans nos doutes, nos peurs et nos joies, nos espoirs surtout. Que me diraient-ils ? Que dans la vie, il vaut mieux de ne pas faire ce qu’on doit faire, mais ce qu’on choisit de faire ? Peut-être me diraient-ils qu’il n’y a que le devenir qui importe ? Que le devenir, c’est la seule manière de se recréer…Peut-être pourrais-je aussi avoir le privilège de leur redire combien je les ai aimés, et combien je les aime toujours. Combien leurs souvenirs m’apaisent... Combien j’aime entendre leurs voix parfois qui font écho dans ma tête…C’est toujours un moment enveloppant, plein de tendresse…Qui sait, peut-être aussi me diraient-ils que la mort n’est pas un point final, mais une ouverture. Un portail qui s’ouvre…

Je ne le saurai vraiment jamais… mais mon intuition m’autorise à imaginer leurs réponses… Et ça me fait du bien… Tellement de bien. Merci papa. Merci maman.

Claire.

4 commentaires:

Fernand a dit…

Salut Claire
J'ai hate d'avoir des nouvelles demain après ta visite chez l'oncologue. De toutes façons, quelque soient les résultats, le combat continue... et on est toujours derrière toi.
Je t'embrasse

Anonyme a dit…

On est le 20 au matin. Je suis de toute ma tendresse et ma force avec toi depuis 6 h. Tu n'es pas tout à fait toute seule.

Hélène

Cath a dit…

Maman...

Toute la journée, j'ai pensé à toi et j'essayais de t'envoyer des ondes positives. Je t'aime beaucoup et je suis avec toi tout le temps.

Claude a dit…

J'ai une 'tite pensée pour toi

Et je veux te le dire

Et je veux que tu sois bien

Et je sais que tu le sera

Parce que tu le veux

Claude à Orléans