Ces temps-ci, je ne sais si c’est à cause de la grippe qui me visite le corps, mais je dors mal et vraiment peu. Alors que je suis éveillée, mon esprit vagabonde et j’ai des pensées négatives qui nourrissent allègrement mes craintes de rechute. Tout petit mal ou élancement qui survient dans mon corps provoque instantanément en moi un sursaut de frayeur.
La nuit dernière, je réalisais combien j’étais plus forte mentalement durant mes traitements de chimiothérapie que depuis les derniers jours. Les maux de ventre qui m’habitent ces temps-ci suscitent toute une gamme d’émotions…qui n’ont pas des couleurs attendrissantes.
Oui, il n’y a pas si longtemps encore, j’étais une guerrière… J’avais de l’énergie à revendre. C’est tout le contraire dans le moment … Je suis fatiguée… J’ai beau me dire que tous ceux qui ont la
grippe se sentent éreintés, épuisés, tout comme moi. Non, cette fatigue me rend quasi dépressive. Malgré moi, j’interprète la situation comme un symptôme de récidive.
Je ne savais pas que le cancer m’affecterait dans tout mon être, dans ma condition physique. Qu’il atteindrait mon état mental, affectif et même spirituel.
Pourtant, je pétais le feu, il n’y a pas si longtemps. J’étais tellement contente d’avoir terminé mes traitements de chimiothérapie et avec un certain succès…
Là, j’ai peur. J’ai peur des prochains résultats de mon scan passé mardi dernier. C’est évidemment ridicule… D’autant plus que la petite bosse dans mon cou semble disparue…Je ne la sens plus… Mais pourquoi j’ai mal dans mon ventre… ?
Cette nuit, je tentais de me réconforter en reconnaissant qu’il y avait une gastro-entérite qui courait…Un maudit virus qui touche tout le monde, quoi ! Que je n’y échappais pas, tout simplement. Que dans quelques jours, la forme physique viendrait me ragaillardir le mental qui se dégonfle pas mal et vitement, tout reviendra à la normale... Que c’est sécurisant la normalité, hein ?
Je n’y arrive pas aujourd’hui.
La rechute…Elle m’effraie. Elle m’obsède.
L’avenir m’inquiète évidemment… J’essaie de ne pas y penser mais tous les jours, le mot cancer
me traverse l’esprit, bien malgré moi… J’ai tant de questions sans réponse… Mon traitement a-t-il réellement porté fruit… ? Puis-je croire que pour un certain temps je suis revenue « à la normale » ? Heureusement qu’il y a ma routine à laquelle m’accrocher…Puis-je vraiment croire aux projets d’avenir au-delà d’une année… ? Est-ce que le mot avenir a vraiment droit de résidence dans ma vie ?
Oui, la grippette qui me rend visite me fait prendre conscience que ma santé n’est pas acquise… Je dois apprendre à vivre avec ce constat… Pas facile.
Peut-être aussi que j’exige trop de moi ? Trop rapidement sans doute…
Puis, entre vous et moi, quand on est face au cancer, quand il nous regarde en plein dans les yeux, y a-t-il une seule manière de réagir ? Non, évidemment… On n’a que celle qui nous convient… De toute façon, toutes les réactions doivent inévitablement finir par nous secouer le cœur et l’âme…
C’est difficile de tout prendre du bon côté. Je rêve d’y arriver… mais est-ce vraiment atteignable ? Réaliste ? Je pousse peut-être trop loin mon besoin de combattre… Je me demande un peu trop… Qu’est-ce que je suis en mesure d’affronter… ?
Vivre avec le cancer n’est pas une sinécure… Demeurer positif exige beaucoup d’énergie… Je crois que ma grippe en me rendant un peu moins vigoureuse me fait comprendre que je ne peux être optimiste à toutes les secondes de ma journée. Que je ne dois pas m’en culpabiliser et par le fait même être déçue de mon inaptitude…
Aujourd’hui, je ne suis pas une guerrière… J’aurais davantage envie de pleurer. De crier mon incapacité…
La crainte de la récidive se transforme en une véritable épouvante quand je ne parviens pas à dormir la nuit… L’anxiété prend toute la place… Elle me rend presque prête à hurler.
Je trouve cela vraiment difficile, vous savez… Je sais aussi que toute cette angoisse va finir par se résorber d’ici peu… et m’aider à fuir ce dédale quasi inextricable de réflexions et de troubles qui se logent dans ma tête.
Va falloir que j’apprenne à vivre de six mois en six mois, je crois…
Je me sens fragile aujourd’hui, comme si mon moral battait aux quatre vents…
Toutefois, le fait de vous l’écrire m’apaise déjà un peu… Merci d’être là. Vous êtes une source de réconfort dans cette petite tempête d’émotions.
Je vous embrasse,
Claire.
Ceci est un blog pour informer les proches de maman de son état de santé durant cette lutte qu'elle s'apprête à vivre.
vendredi 19 décembre 2008
mercredi 10 décembre 2008
Il y a un an que….
Depuis quelques jours, je me rends compte que je suis arrivée à la période de l’année où je peux dire : « Il y a un an que… ».
Mauvais souvenirs…
Désagréables souvenirs…
Le 7 décembre dernier, il y a quelques jours, cela faisait déjà un an que je découvrais une petite boule bien dure qui se développait dans mon cou…J’étais dans l’avion me menant vers Winnipeg.
Demain, cela fera un an que je rencontrais mon médecin de famille…Quelques minutes plus tard, je sortais de son bureau avec une prescription d’antibiotiques dans les mains…!!!
Et le 24 janvier prochain, cela fera malheureusement un an qu’on m’aura confirmé ce maudit cancer. Je n’oublierai jamais combien son annonce m’a terriblement secouée… Je peux vous décrire dans les moindres détails le bureau du médecin, la couleur des murs, du plancher, la température à l’extérieur, les vêtements que portait ma fille Catherine qui m’accompagnait. Je me rappelle la gamme d’émotions qui m’a criblée l’âme en quelques secondes. Je me souviens surtout de ma gorge qui se serrait, m’empoignant presque, m’indisposant, m’oppressant. Chacun des mots qui sortaient de ma bouche me faisait mal…Ils étouffaient un cri…
Mauvais souvenirs…
Désagréables souvenirs…
Le 25 janvier prochain, il y aura un an qu’on m’apprenait que mon cancer était de stade IV, grade III… Que j’avais de fortes chances de ne pas survivre à l’année qui commençait à peine. Vite, on m’expédiait rapidement en chimiothérapie, en souhaitant ardemment que les traitements puissent me donner un peu de temps supplémentaire…
Encore plus de mauvais souvenirs…
Encore plus de désagréables souvenirs…
Je crains cette réaction du « Il y a un an que… »… Elle me rend mal à l’aise…
Évidemment, c’est plus fort que moi. C’est difficile d’y échapper… Mais je crois que je vais persister à refuser de poursuivre plus longtemps cet exercice. Je devrai tenir tête à cette remémoration très humaine pourtant. Bien sûr, elle peut sembler réconfortante puisqu’elle me permet de constater que j’ai outrepassé les pronostics négatifs : je suis toujours là… et en meilleure forme ! Oui, je suis en pleine forme… Non ! Cette évocation constante du « Il y a un an que… » m’inquiète. Elle me dérange quelque peu. J’ai peur de me laisser habiter par mes souvenirs tristes et malheureux… Je crains qu’ils s’imprègnent en moi et squattent un peu trop longtemps à mon goût... J’appréhende leur force négative… Ils me paraissent inutiles dans le combat que je mène. Dans le défi que je me suis lancé et que je tiens à relever…
Que de mauvais souvenirs qui boufferont mon moral.
Que de désagréables souvenirs qui grugeront l’espoir que je mets dans la vie…
Je préfère regarder en avant. Croire en ce qui vient et viendra malgré les détours qui me cachent parfois l’horizon. Imaginer ce que je ne vois pas encore et le désirer de tout mon être.
Non, je ne veux pas jouer le jeu du « Il y a un an que ». Je préfère, et de beaucoup, celui de « Dans un an, je… » J’ai tout à bâtir malgré les prévisions horribles sur l’issue de mon cancer… « …Moins d’un an…»’ m’a-t-on dit en septembre…
NON ! J’en fais mon affaire ! Je veux faire mentir le diagnostic. J’en appelle aux miracles… Je l’aurai mon miracle, foi de Claire !
Je veux la Vie. Pas juste un peu. Longtemps encore.
Que de beaux souvenirs.
Que d’agréables souvenirs.
Ce n’est pas demain la veille que je cesserai d’écrire sur ce blogue…
J’ai des années devant moi à écrire… Des lignes et des lignes de mots…
Des mots forts. Des mots clairs. Des mots puissants. Des mots courageux.
Pleins d’espoir, de certitude et de conviction.
J’aime bien trop la Vie pour qu’elle me glisse ainsi entre les doigts.
Il y a un an, je ne savais pas que j’aimais la Vie à ce point… Je ne m’y attardais pas. Elle était là…et je ne la voyais pas dans toute sa plénitude…Merci cancer de m’avoir ouvert les yeux ! Maintenant, disparaît. J’ai compris le message.
La vie et moi, on fait marche ensemble. On a beaucoup à faire, elle et moi.
Je vous aime…
Prenez soin de vous. De votre âme et de votre santé…
Claire.
P.S. Le 16 décembre prochain, je passerai un autre scan… mais je n’aurai les résultats qu’en janvier, évidemment…
Mauvais souvenirs…
Désagréables souvenirs…
Le 7 décembre dernier, il y a quelques jours, cela faisait déjà un an que je découvrais une petite boule bien dure qui se développait dans mon cou…J’étais dans l’avion me menant vers Winnipeg.
Demain, cela fera un an que je rencontrais mon médecin de famille…Quelques minutes plus tard, je sortais de son bureau avec une prescription d’antibiotiques dans les mains…!!!
Et le 24 janvier prochain, cela fera malheureusement un an qu’on m’aura confirmé ce maudit cancer. Je n’oublierai jamais combien son annonce m’a terriblement secouée… Je peux vous décrire dans les moindres détails le bureau du médecin, la couleur des murs, du plancher, la température à l’extérieur, les vêtements que portait ma fille Catherine qui m’accompagnait. Je me rappelle la gamme d’émotions qui m’a criblée l’âme en quelques secondes. Je me souviens surtout de ma gorge qui se serrait, m’empoignant presque, m’indisposant, m’oppressant. Chacun des mots qui sortaient de ma bouche me faisait mal…Ils étouffaient un cri…
Mauvais souvenirs…
Désagréables souvenirs…
Le 25 janvier prochain, il y aura un an qu’on m’apprenait que mon cancer était de stade IV, grade III… Que j’avais de fortes chances de ne pas survivre à l’année qui commençait à peine. Vite, on m’expédiait rapidement en chimiothérapie, en souhaitant ardemment que les traitements puissent me donner un peu de temps supplémentaire…
Encore plus de mauvais souvenirs…
Encore plus de désagréables souvenirs…
Je crains cette réaction du « Il y a un an que… »… Elle me rend mal à l’aise…
Évidemment, c’est plus fort que moi. C’est difficile d’y échapper… Mais je crois que je vais persister à refuser de poursuivre plus longtemps cet exercice. Je devrai tenir tête à cette remémoration très humaine pourtant. Bien sûr, elle peut sembler réconfortante puisqu’elle me permet de constater que j’ai outrepassé les pronostics négatifs : je suis toujours là… et en meilleure forme ! Oui, je suis en pleine forme… Non ! Cette évocation constante du « Il y a un an que… » m’inquiète. Elle me dérange quelque peu. J’ai peur de me laisser habiter par mes souvenirs tristes et malheureux… Je crains qu’ils s’imprègnent en moi et squattent un peu trop longtemps à mon goût... J’appréhende leur force négative… Ils me paraissent inutiles dans le combat que je mène. Dans le défi que je me suis lancé et que je tiens à relever…
Que de mauvais souvenirs qui boufferont mon moral.
Que de désagréables souvenirs qui grugeront l’espoir que je mets dans la vie…
Je préfère regarder en avant. Croire en ce qui vient et viendra malgré les détours qui me cachent parfois l’horizon. Imaginer ce que je ne vois pas encore et le désirer de tout mon être.
Non, je ne veux pas jouer le jeu du « Il y a un an que ». Je préfère, et de beaucoup, celui de « Dans un an, je… » J’ai tout à bâtir malgré les prévisions horribles sur l’issue de mon cancer… « …Moins d’un an…»’ m’a-t-on dit en septembre…
NON ! J’en fais mon affaire ! Je veux faire mentir le diagnostic. J’en appelle aux miracles… Je l’aurai mon miracle, foi de Claire !
Je veux la Vie. Pas juste un peu. Longtemps encore.
Que de beaux souvenirs.
Que d’agréables souvenirs.
Ce n’est pas demain la veille que je cesserai d’écrire sur ce blogue…
J’ai des années devant moi à écrire… Des lignes et des lignes de mots…
Des mots forts. Des mots clairs. Des mots puissants. Des mots courageux.
Pleins d’espoir, de certitude et de conviction.
J’aime bien trop la Vie pour qu’elle me glisse ainsi entre les doigts.
Il y a un an, je ne savais pas que j’aimais la Vie à ce point… Je ne m’y attardais pas. Elle était là…et je ne la voyais pas dans toute sa plénitude…Merci cancer de m’avoir ouvert les yeux ! Maintenant, disparaît. J’ai compris le message.
La vie et moi, on fait marche ensemble. On a beaucoup à faire, elle et moi.
Je vous aime…
Prenez soin de vous. De votre âme et de votre santé…
Claire.
P.S. Le 16 décembre prochain, je passerai un autre scan… mais je n’aurai les résultats qu’en janvier, évidemment…
mercredi 5 novembre 2008
Je suis comme Obama, je vis d’espoir…
Vers 14h, j’ai rencontré mon oncologue. Ce qu’elle est gentille…
Elle a trouvé que j’avais les yeux bien pétillants. Elle était surtout heureuse de constater que je gardais la forme. Après un examen des ganglions dans mon cou, elle a constaté qu’ils n’avaient pas augmenté de volume depuis le début d’octobre. Mais on aura besoin d’un scan car, ces ganglions ne sont peut-être que la pointe de l’iceberg… Il lui importe de connaître l’évolution des métastases dans mon abdomen…
Donc pas de chimiothérapie à l’horizon pour le moment… Yes !
Ma formule sanguine respecte les normes d’une personne en bonne santé. Malheureusement, elle n’avait pas encore reçu les résultats d’analyse de mon marqueur tumoral, le CA 125. Mais je ne sais trop pourquoi, cela ne m’inquiète pas…. J’attends son appel téléphonique avec la réponse, sans doute demain…
Donc, j’aurai des cheveux sur la tête à Noël… !
Je pourrai me faire bronzer en Floride à la fin novembre… !
Je m’accroche donc à la vie, plus que jamais…
Si tout se déroule bien, je ne reverrai mon oncologue qu’en janvier…
Un petit deux mois apaisant…
L’espoir ? Oui, je vis d’espoir….
Je vous aime, le saviez-vous ?
Claire…
Elle a trouvé que j’avais les yeux bien pétillants. Elle était surtout heureuse de constater que je gardais la forme. Après un examen des ganglions dans mon cou, elle a constaté qu’ils n’avaient pas augmenté de volume depuis le début d’octobre. Mais on aura besoin d’un scan car, ces ganglions ne sont peut-être que la pointe de l’iceberg… Il lui importe de connaître l’évolution des métastases dans mon abdomen…
Donc pas de chimiothérapie à l’horizon pour le moment… Yes !
Ma formule sanguine respecte les normes d’une personne en bonne santé. Malheureusement, elle n’avait pas encore reçu les résultats d’analyse de mon marqueur tumoral, le CA 125. Mais je ne sais trop pourquoi, cela ne m’inquiète pas…. J’attends son appel téléphonique avec la réponse, sans doute demain…
Donc, j’aurai des cheveux sur la tête à Noël… !
Je pourrai me faire bronzer en Floride à la fin novembre… !
Je m’accroche donc à la vie, plus que jamais…
Si tout se déroule bien, je ne reverrai mon oncologue qu’en janvier…
Un petit deux mois apaisant…
L’espoir ? Oui, je vis d’espoir….
Je vous aime, le saviez-vous ?
Claire…
mardi 4 novembre 2008
Merci, la vie… !
C’est fou ce que je me sens bien depuis mon retour de Provence. J’ai repris ma marche quotidienne que j’entreprends habituellement dès l’automne jusqu’à la mi-juin, et ce, depuis quelques années. Marcher 5 kilomètres par jour devient rapidement une drogue… santé ! Le bien-être que je ressens est tellement stimulant… Indescriptible ! C’est un moment de bonheur, je crois .C’est pas compliqué, je chante en marchant. C’est plus fort que moi… Je marche au rythme de la musique que j’entends dans mes écouteurs. Je pète le feu !
Tout à l’heure, après avoir terminé cet échange épistolaire avec vous, j’irai tondre pour la dernière fois avant l’hiver la pelouse autour de la piscine. Puis, je recouvrirai les rosiers et le rhododendron afin que la neige ne les endommage pas trop. Il y a aussi quelques coupes au sécateur à apporter dans certains des bosquets. À vrai dire, c’est aujourd’hui que je range ma brouette et mes outils de jardinage, que je ferme l’eau des robinets extérieurs. Oui, voilà que se termine ma belle saison… Ça sent tellement bon dehors… Avez-vous remarqué combien l’automne est magnifique… ?
En marchant à l’heure du dîner, j’ai réalisé combien j’étais en pleine forme : 9 minutes par kilomètre ! C’est merveilleux… Ma vitesse de marche est demeurée la même qu’auparavant… ! Étonnant, je trouve. Mais que fait donc mon cancer ? Ne devrait-il pas me ralentir un peu l’allure ? Me confiner davantage à la maison ? Couper mon appétit ? M’indiquer le lit pour une petite sieste d’après-midi ?
Oui, que fait-il ce cancer… ? M’aurait-il oubliée ?
Moi, je l’oublie de plus en plus…
Je veux un miracle… Je l’ai demandé…Je m’illusionne peut-être mais les métastases dans mon cou ne progressent plus depuis trois semaines… On dirait qu’elles ont figées… Paf !
J’accepte bien mal l’idée qu’il ne me reste que quelque temps sur cette planète. Ça ne me plaît pas du tout. Je ne suis pas d’accord avec ce scénario de vie. Ce n’est pas ce que je veux…
Quand je suis allée à Marseille, nous avons visité la Basilique de Notre-Dame de la Garde… À la fin de notre visite, Pierre et moi avons pris le temps de méditer un peu dans la chapelle de la crypte. Quelle énergie extraordinaire se dégageait de ce lieu… J’en suis encore toute fébrile… J’ai prié. Oui, j’ai prié la « Bonne mère » comme on l’appelle…Je lui ai demandé un miracle… Pierre aussi a fait de même…
C’est fou, mais depuis, je me sens transformée… Plus forte. Plus vivante. Vivifiée. La peur m’a quittée…La paix a pris toute la place. Je me sens bien.
Je veux un avenir… Je veux vaincre cet imbécile de cancer… Je veux faire mentir les statistiques qui régissent la survie de mon cancer.
Je sais que je vais me sortir de ce foutu de pétrin…
Oui, je vais pouvoir connaître et aimer mes petits-enfants… Je l’ai décidé. Je le veux. Je l’aurai…
C’est tout ce bonheur qui m’habite que je voulais partager avec vous, juste avant de retourner dehors, en plein soleil, travailler sur mon terrain.
Je vous aime… Merci la Vie !
Claire, la survivante !
P.S. Demain à 13h, je rencontre mon oncologue… Je sais pertinemment que je vais bien. Je vais le lui dire… Non, je ne suis pas tombée sur la tête… !
Tout à l’heure, après avoir terminé cet échange épistolaire avec vous, j’irai tondre pour la dernière fois avant l’hiver la pelouse autour de la piscine. Puis, je recouvrirai les rosiers et le rhododendron afin que la neige ne les endommage pas trop. Il y a aussi quelques coupes au sécateur à apporter dans certains des bosquets. À vrai dire, c’est aujourd’hui que je range ma brouette et mes outils de jardinage, que je ferme l’eau des robinets extérieurs. Oui, voilà que se termine ma belle saison… Ça sent tellement bon dehors… Avez-vous remarqué combien l’automne est magnifique… ?
En marchant à l’heure du dîner, j’ai réalisé combien j’étais en pleine forme : 9 minutes par kilomètre ! C’est merveilleux… Ma vitesse de marche est demeurée la même qu’auparavant… ! Étonnant, je trouve. Mais que fait donc mon cancer ? Ne devrait-il pas me ralentir un peu l’allure ? Me confiner davantage à la maison ? Couper mon appétit ? M’indiquer le lit pour une petite sieste d’après-midi ?
Oui, que fait-il ce cancer… ? M’aurait-il oubliée ?
Moi, je l’oublie de plus en plus…
Je veux un miracle… Je l’ai demandé…Je m’illusionne peut-être mais les métastases dans mon cou ne progressent plus depuis trois semaines… On dirait qu’elles ont figées… Paf !
J’accepte bien mal l’idée qu’il ne me reste que quelque temps sur cette planète. Ça ne me plaît pas du tout. Je ne suis pas d’accord avec ce scénario de vie. Ce n’est pas ce que je veux…
Quand je suis allée à Marseille, nous avons visité la Basilique de Notre-Dame de la Garde… À la fin de notre visite, Pierre et moi avons pris le temps de méditer un peu dans la chapelle de la crypte. Quelle énergie extraordinaire se dégageait de ce lieu… J’en suis encore toute fébrile… J’ai prié. Oui, j’ai prié la « Bonne mère » comme on l’appelle…Je lui ai demandé un miracle… Pierre aussi a fait de même…
C’est fou, mais depuis, je me sens transformée… Plus forte. Plus vivante. Vivifiée. La peur m’a quittée…La paix a pris toute la place. Je me sens bien.
Je veux un avenir… Je veux vaincre cet imbécile de cancer… Je veux faire mentir les statistiques qui régissent la survie de mon cancer.
Je sais que je vais me sortir de ce foutu de pétrin…
Oui, je vais pouvoir connaître et aimer mes petits-enfants… Je l’ai décidé. Je le veux. Je l’aurai…
C’est tout ce bonheur qui m’habite que je voulais partager avec vous, juste avant de retourner dehors, en plein soleil, travailler sur mon terrain.
Je vous aime… Merci la Vie !
Claire, la survivante !
P.S. Demain à 13h, je rencontre mon oncologue… Je sais pertinemment que je vais bien. Je vais le lui dire… Non, je ne suis pas tombée sur la tête… !
mardi 28 octobre 2008
Au diable, le cancer !
Je suis heureuse. Très. Immensément même. C’est l’essentiel après tout !
J’ai fait un magnifique voyage en Provence. J’en suis encore tout imprégnée…
Pierre et moi avons été émerveillés plus d’une fois. Il y avait une atmosphère magique tout au long de ce séjour.
Quel plaisir que de frôler dans la même semaine l’échelle du temps au travers de la beauté des stalactites et stalagmites de l’aven d’Orgnac dont l’âge varie entre quelques millions d’années…de par les forteresses médiévales qui se pointent devant nous dans les moindres détours, puis que dire de la force qui dure face au Pont du Gard, des arènes de Nîmes et d’Arles, du Palais des papes et des ruines étonnantes de Gallum nous retrouvant soudainement à l’époque gallo-romaine.
Malgré nous, nous devions constamment nous replonger dans l’Histoire.
Puis, que dire de la grandeur et de l’étrangeté des Alpilles, si ce n’est un paysage gigantesque à vous couper le souffle !
Je suis revenue plus en forme que jamais…physiquement et mentalement.
J’ai traversé et dépassé le choc et le chagrin que m’aura causé l’annonce de ma mort d’ici une année.
J’ai compris que la seule chose qu’il me reste à faire, c’est de vivre. De bien vivre. Tant que je serai vivante, je me dois de vivre.
Je me suis apaisée. J’ai pris contact avec mon âme…et le bonheur est revenu en force !
Je ne me suis jamais sentie aussi libre…Peut-être que c’est parce que je n’appréhende plus la mort… qui sait !
Peut-être que c’est parce je la perçois comme une fin heureuse, une libération, un retour…
Je suis heureuse, voilà l’essentiel.
Oui, au diable, le cancer… ! Je ne suis pas prête encore à lui offrir ma vie, ne lui en déplaise. Je vais me battre, parce que j’aime la vie et qu’il m’importe de repousser le plus loin possible la date butoir. Puis pourquoi pas un miracle !
Je vous aime. Fort. Très fort.
Claire
J’ai fait un magnifique voyage en Provence. J’en suis encore tout imprégnée…
Pierre et moi avons été émerveillés plus d’une fois. Il y avait une atmosphère magique tout au long de ce séjour.
Quel plaisir que de frôler dans la même semaine l’échelle du temps au travers de la beauté des stalactites et stalagmites de l’aven d’Orgnac dont l’âge varie entre quelques millions d’années…de par les forteresses médiévales qui se pointent devant nous dans les moindres détours, puis que dire de la force qui dure face au Pont du Gard, des arènes de Nîmes et d’Arles, du Palais des papes et des ruines étonnantes de Gallum nous retrouvant soudainement à l’époque gallo-romaine.
Malgré nous, nous devions constamment nous replonger dans l’Histoire.
Puis, que dire de la grandeur et de l’étrangeté des Alpilles, si ce n’est un paysage gigantesque à vous couper le souffle !
Je suis revenue plus en forme que jamais…physiquement et mentalement.
J’ai traversé et dépassé le choc et le chagrin que m’aura causé l’annonce de ma mort d’ici une année.
J’ai compris que la seule chose qu’il me reste à faire, c’est de vivre. De bien vivre. Tant que je serai vivante, je me dois de vivre.
Je me suis apaisée. J’ai pris contact avec mon âme…et le bonheur est revenu en force !
Je ne me suis jamais sentie aussi libre…Peut-être que c’est parce que je n’appréhende plus la mort… qui sait !
Peut-être que c’est parce je la perçois comme une fin heureuse, une libération, un retour…
Je suis heureuse, voilà l’essentiel.
Oui, au diable, le cancer… ! Je ne suis pas prête encore à lui offrir ma vie, ne lui en déplaise. Je vais me battre, parce que j’aime la vie et qu’il m’importe de repousser le plus loin possible la date butoir. Puis pourquoi pas un miracle !
Je vous aime. Fort. Très fort.
Claire
jeudi 9 octobre 2008
Ouf ! Je suis contente…
Je reviens de ma rencontre avec mon oncologue au cours de laquelle j’ai eu les résultats de mon scan du premier octobre dernier.
Oui, il y a bel et bien récidive… Mais il n’y a pas de panique encore.
J’ai des métastases dans le cou et dans l’abdomen près de l’aorte. Leur grosseur n’excédant pas 1 centimètre et demi, on ne s’empressera donc pas de me diriger vers la chimiothérapie. Ouf ! Ce que je suis contente.
On a convenu de laisser aller les choses pour un autre mois. Rien n’est prévisible avec le cancer ! Son développement est tellement aléatoire. Il peut tout aussi bien se stabiliser pendant six mois ou encore prendre soudainement le mors aux dents, personne ne le sait !
Je suis contente de cette décision de ce matin parce que je n’aurai pas à affronter trop rapidement les effets secondaires de la chimiothérapie. Je peux donc partir en paix pour la Provence…
La décision de laisser ainsi aller les choses fut prise de concert, entre moi et mon oncologue. J’ai compris qu’elle n’a plus beaucoup de cartes dans son jeu pour vaincre mon cancer au stade où il est, et surtout avec une récidive si rapide.
En étirant le plus possible la période avant d’avoir à me soumettre à une chimiothérapie, c’est des mois supplémentaires que je me donne…
Je prends !
Ma prochaine rencontre est fixée au début novembre… Évidemment, j’aurai une autre prise de sang pour nous permettre de suivre les humeurs de mon gardien, le marqueur CA125. Ce matin, il indiquait que présentement, je suis à 12. Au-dessus de 35, on commence à s’énerver…Imaginez, j’étais à 800 et plus, en janvier dernier. Brr ! Ce qui n’est pas mon cas dans le moment, heureusement. Au contraire ! Je suis en « bonne santé », si vous me permettez l’expression ! Je vais bien et je suis en super forme !
Je suis contente… Ouf !
Je vous aime tout et chacun. Merci de me donner de votre énergie. Merci mille fois.
Claire.
Oui, il y a bel et bien récidive… Mais il n’y a pas de panique encore.
J’ai des métastases dans le cou et dans l’abdomen près de l’aorte. Leur grosseur n’excédant pas 1 centimètre et demi, on ne s’empressera donc pas de me diriger vers la chimiothérapie. Ouf ! Ce que je suis contente.
On a convenu de laisser aller les choses pour un autre mois. Rien n’est prévisible avec le cancer ! Son développement est tellement aléatoire. Il peut tout aussi bien se stabiliser pendant six mois ou encore prendre soudainement le mors aux dents, personne ne le sait !
Je suis contente de cette décision de ce matin parce que je n’aurai pas à affronter trop rapidement les effets secondaires de la chimiothérapie. Je peux donc partir en paix pour la Provence…
La décision de laisser ainsi aller les choses fut prise de concert, entre moi et mon oncologue. J’ai compris qu’elle n’a plus beaucoup de cartes dans son jeu pour vaincre mon cancer au stade où il est, et surtout avec une récidive si rapide.
En étirant le plus possible la période avant d’avoir à me soumettre à une chimiothérapie, c’est des mois supplémentaires que je me donne…
Je prends !
Ma prochaine rencontre est fixée au début novembre… Évidemment, j’aurai une autre prise de sang pour nous permettre de suivre les humeurs de mon gardien, le marqueur CA125. Ce matin, il indiquait que présentement, je suis à 12. Au-dessus de 35, on commence à s’énerver…Imaginez, j’étais à 800 et plus, en janvier dernier. Brr ! Ce qui n’est pas mon cas dans le moment, heureusement. Au contraire ! Je suis en « bonne santé », si vous me permettez l’expression ! Je vais bien et je suis en super forme !
Je suis contente… Ouf !
Je vous aime tout et chacun. Merci de me donner de votre énergie. Merci mille fois.
Claire.
jeudi 2 octobre 2008
L’attente…
J’attends...
Mardi dernier, j’ai rencontré le Docteur Chan pour un dernier suivi de mon opération de mai dernier. En quittant, il m’a serré chaudement les mains entre les siennes, me souhaitant la meilleure des chances. Lui aussi m’a confirmé que la récidive était loin d’être encourageante dans mon cas, vu la force de son emprise. Toutefois, il admet la possibilité que d’autres protocoles de chimiothérapie pourraient m’être bénéfiques, me donner un peu de temps…malgré les tristes statistiques de survie. J’oublie parfois que mon cancer est de stade IV, grade III, ce qui veut dire au sommet de l’échelle…Je crois qu’il me faudra croire aux miracles, si je veux m’en sortir vivante… !
J’attends aussi des réponses. Mes résultats d’analyses de mon scan de mercredi ne me seront donnés que le 9 octobre prochain…
J’attends donc…
Je me sens assise entre deux chaises… qui sont loin d’être confortables !
J’attends…
C’est difficile d’attendre, je trouve…
C’est fou ce que l’attente peut provoquer comme réflexions…
Si vous saviez combien ça bouge dans ma tête. À vrai dire, ça surchauffe !
Je ne comprends toujours pas pourquoi ma vie devrait s’achever si rapidement. Il me semble que j’ai encore tant à faire. Encore à donner, encore à apprendre, et surtout encore à expérimenter et à vivre.
La semaine dernière, alors que je tondais l’herbe qui poussait dans les sentiers de mon bois, j’ai piqué une de ses crises de colère. Je maudissais le compte à rebours qui tictaque dans ma tête malgré moi … Pas joli à voir… Heureusement, mes témoins n’étaient que des lièvres, des oiseaux, des mulots et des grenouilles… J’étais profondément révoltée. Je veux bien accepter ce que la Vie me demande, mais j’aimerais surtout comprendre son processus décisionnel, sa stratégie, sa tactique et surtout sa logique…
La mort…
Je n’ai jamais autant réfléchi sur la mort…
On peut dire que j’apprivoise davantage l’idée qu’elle imposera une fin incontournable à mon existence corporelle.
Aussi ridicule que ce soit, j’ai aussi compris que sans la mort, le temps n’existerait pas…
Sans elle, notre vie ne serait plus régie par les heures, les jours, les mois, les années… Nous serions immortels, alors pourquoi s’embarrasser de la notion du temps ? Malheureusement, nous ne pourrions plus conférer un sens à chacun des instants de notre vie…?
Avez-vous remarqué combien la mort ne semble plus faire partie de la vie ? À la télévision, dans les journaux, la mort est exhibée tous les jours, sous un flot d’images qui s’activent autour des derniers instants de purs inconnus. Trop souvent, on nous la détaille dans toute sa violence et sa grande tristesse. Ces photos qu’on nous bombarde ne manifestent pas toujours le respect de l’intimité à laquelle tout être humain à droit au moment de son décès… Enfin, il me semble ! Je me demande si, à la longue, cette omniprésence de la mort dans notre quotidien ne vient pas tout simplement banaliser notre propre fin, au point de se croire dispensé de réfléchir à sa propre mort… Dommage !
Je sais bien que ce n’est pas en évacuant de mon esprit l’idée de ma propre finitude que je réussirai à déjouer la mort, même si je suis tentée à maintes reprises d’y croire…C’est une mauvaise manœuvre… Ce n’est pas en gonflant le prix que j’accorde à ma vie, que cela diminuera pour autant l’importance de la mort et la place qu’elle tient au sein de ma propre vie.
On dit que la mort est l’acte ultime de sa vie… Je m’y prépare donc. Même si je suis en colère contre elle parce qu’elle me guette de trop près. Même si je veux me battre pour prolonger ma vie le plus longtemps possible encore sur cette planète. Même s’il m’arrive plusieurs fois par jour, et surtout la nuit, de renier l’existence de mon cancer et la force qu’il manifeste, en m’accrochant désespérément au pouvoir de ma volonté pour vaincre le mal physique qui me gruge. Les miracles existent…
Oui j’aime la Vie. Elle est tellement belle, magnifique, grandiose, sublime et unique… Mais je sais bien que ni sa beauté, sa magnificence, sa grandeur, sa sublimité n’auront le pouvoir de vaincre la mort lorsque viendra le moment de l’affronter puisque elle est une nécessité incontournable, indispensable à la vie.
L’attente…
Si vous saviez combien je carbure à l’espérance, à la confiance, malgré le doute amer parfois qui vient me dissuader de croire en ma propre survie…
Maudit que c’est difficile !
J’ai l’impression d’être un yoyo… J’ai des hauts et des bas. J’ai confiance et parfois je désespère…
C’est fou, il y a de ces moments où j’aimerais pouvoir négocier avec la mort…
Si vous saviez combien je souhaite vivre encore quelques années de ce côté-ci du miroir…Voir mes enfants devenir de véritables adultes. D’être grand-mère et tenir mes petits-enfants entre mes bras. Chanter, oui, chanter à tue-tête avec chacun d’eux et rire. Oui, rire…Beaucoup. Vivre longtemps auprès de mon Pierre.
Mais je n’ai rien à offrir à la mort en échange… à part ma vie évidemment !
Bon sang ! Prenez soin de votre santé… Retardez le plus loin possible ce face-à-face fatal que la Vie nous oblige d’expérimenter. Nous oublions trop souvent que notre corps n’est pas immortel…
En attendant, n’oubliez pas que je vous aime…
Claire.
Mardi dernier, j’ai rencontré le Docteur Chan pour un dernier suivi de mon opération de mai dernier. En quittant, il m’a serré chaudement les mains entre les siennes, me souhaitant la meilleure des chances. Lui aussi m’a confirmé que la récidive était loin d’être encourageante dans mon cas, vu la force de son emprise. Toutefois, il admet la possibilité que d’autres protocoles de chimiothérapie pourraient m’être bénéfiques, me donner un peu de temps…malgré les tristes statistiques de survie. J’oublie parfois que mon cancer est de stade IV, grade III, ce qui veut dire au sommet de l’échelle…Je crois qu’il me faudra croire aux miracles, si je veux m’en sortir vivante… !
J’attends aussi des réponses. Mes résultats d’analyses de mon scan de mercredi ne me seront donnés que le 9 octobre prochain…
J’attends donc…
Je me sens assise entre deux chaises… qui sont loin d’être confortables !
J’attends…
C’est difficile d’attendre, je trouve…
C’est fou ce que l’attente peut provoquer comme réflexions…
Si vous saviez combien ça bouge dans ma tête. À vrai dire, ça surchauffe !
Je ne comprends toujours pas pourquoi ma vie devrait s’achever si rapidement. Il me semble que j’ai encore tant à faire. Encore à donner, encore à apprendre, et surtout encore à expérimenter et à vivre.
La semaine dernière, alors que je tondais l’herbe qui poussait dans les sentiers de mon bois, j’ai piqué une de ses crises de colère. Je maudissais le compte à rebours qui tictaque dans ma tête malgré moi … Pas joli à voir… Heureusement, mes témoins n’étaient que des lièvres, des oiseaux, des mulots et des grenouilles… J’étais profondément révoltée. Je veux bien accepter ce que la Vie me demande, mais j’aimerais surtout comprendre son processus décisionnel, sa stratégie, sa tactique et surtout sa logique…
La mort…
Je n’ai jamais autant réfléchi sur la mort…
On peut dire que j’apprivoise davantage l’idée qu’elle imposera une fin incontournable à mon existence corporelle.
Aussi ridicule que ce soit, j’ai aussi compris que sans la mort, le temps n’existerait pas…
Sans elle, notre vie ne serait plus régie par les heures, les jours, les mois, les années… Nous serions immortels, alors pourquoi s’embarrasser de la notion du temps ? Malheureusement, nous ne pourrions plus conférer un sens à chacun des instants de notre vie…?
Avez-vous remarqué combien la mort ne semble plus faire partie de la vie ? À la télévision, dans les journaux, la mort est exhibée tous les jours, sous un flot d’images qui s’activent autour des derniers instants de purs inconnus. Trop souvent, on nous la détaille dans toute sa violence et sa grande tristesse. Ces photos qu’on nous bombarde ne manifestent pas toujours le respect de l’intimité à laquelle tout être humain à droit au moment de son décès… Enfin, il me semble ! Je me demande si, à la longue, cette omniprésence de la mort dans notre quotidien ne vient pas tout simplement banaliser notre propre fin, au point de se croire dispensé de réfléchir à sa propre mort… Dommage !
Je sais bien que ce n’est pas en évacuant de mon esprit l’idée de ma propre finitude que je réussirai à déjouer la mort, même si je suis tentée à maintes reprises d’y croire…C’est une mauvaise manœuvre… Ce n’est pas en gonflant le prix que j’accorde à ma vie, que cela diminuera pour autant l’importance de la mort et la place qu’elle tient au sein de ma propre vie.
On dit que la mort est l’acte ultime de sa vie… Je m’y prépare donc. Même si je suis en colère contre elle parce qu’elle me guette de trop près. Même si je veux me battre pour prolonger ma vie le plus longtemps possible encore sur cette planète. Même s’il m’arrive plusieurs fois par jour, et surtout la nuit, de renier l’existence de mon cancer et la force qu’il manifeste, en m’accrochant désespérément au pouvoir de ma volonté pour vaincre le mal physique qui me gruge. Les miracles existent…
Oui j’aime la Vie. Elle est tellement belle, magnifique, grandiose, sublime et unique… Mais je sais bien que ni sa beauté, sa magnificence, sa grandeur, sa sublimité n’auront le pouvoir de vaincre la mort lorsque viendra le moment de l’affronter puisque elle est une nécessité incontournable, indispensable à la vie.
L’attente…
Si vous saviez combien je carbure à l’espérance, à la confiance, malgré le doute amer parfois qui vient me dissuader de croire en ma propre survie…
Maudit que c’est difficile !
J’ai l’impression d’être un yoyo… J’ai des hauts et des bas. J’ai confiance et parfois je désespère…
C’est fou, il y a de ces moments où j’aimerais pouvoir négocier avec la mort…
Si vous saviez combien je souhaite vivre encore quelques années de ce côté-ci du miroir…Voir mes enfants devenir de véritables adultes. D’être grand-mère et tenir mes petits-enfants entre mes bras. Chanter, oui, chanter à tue-tête avec chacun d’eux et rire. Oui, rire…Beaucoup. Vivre longtemps auprès de mon Pierre.
Mais je n’ai rien à offrir à la mort en échange… à part ma vie évidemment !
Bon sang ! Prenez soin de votre santé… Retardez le plus loin possible ce face-à-face fatal que la Vie nous oblige d’expérimenter. Nous oublions trop souvent que notre corps n’est pas immortel…
En attendant, n’oubliez pas que je vous aime…
Claire.
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